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ENCYCLOPEDIE DES SAVOIR-FAIRE EKANG - ENSAFE

24 danses patrimoniales du peuple Ekang

Danses Patrimoniales Ekang

Les danses patrimoniales Ekang : Héritages culturels et trésors vivants

Les danses traditionnelles et rituelles du peuple Ekang, s’étendant sur plusieurs régions du Cameroun, du Gabon et de la Guinée Équatoriale, représentent un patrimoine culturel d’une grande richesse. Ces danses, qu’elles soient populaires, initiatiques ou religieuses, imprégnées de mysticisme et de sacralité, dépassent le simple cadre de l’expression artistique. Elles servent de vecteurs pour la transmission des traditions, des savoirs ancestraux et des relations complexes avec le monde spirituel. Chaque danse est caractérisée par un ensemble spécifique de symboles, de chants et de rituels. Certaines d’entre elles exigent une initiation rigoureuse ainsi qu’une maîtrise des interdits, afin de garantir la sécurité des danseurs et danseuses. Cet article examine plusieurs de ces danses fascinantes, en dévoilant les subtilités de leurs origines, les processus d’initiation, et les récits légendaires qui les entourent, à travers les témoignages et les études de divers chercheurs et praticiens.

I- Les danses initiatiques ou rituelles

Les danses initiatiques ou rituelles sont réservées aux initiés et exigent une prédisposition particulière et une initiation rigoureuse. Les danseurs et danseuses respectent de nombreux interdits pour préserver leur vie, car à travers les chants et les instruments, ils communiquent avec le monde des esprits, qui parfois, peut se révéler dangereux. Ces danses sont des trésors culturels où le public n’est que spectateur, jamais participant.

OZILA

L’Ozila est une danse emblématique chez les Fang Beti. Lorsqu’on interroge les Ekang du Gabon sur l’origine de l’Ozila, ils indiquent que cette danse provient du Cameroun. En revanche, au Cameroun, on affirme que l’Ozila a ses racines dans le nord du Gabon et qu’elle a été introduite en pays Ntumu par Ambam où elle s’est ensuite diffusée dans tout le sud du Cameroun jusqu’au centre, devenant l’un des rythmes les plus populaires après le Bikutsi.

Selon le mémoire de Madame Mengue Me Nlom Valérie, intitulé « Les danses patrimoniales Bulu, des origines jusqu’à 1972 », l’initiation à l’Ozila se déroulait en plusieurs phases. Cette initiation pouvait durer des mois, voire des années, pendant lesquelles les apprenants étaient en réclusion pour s’immerger dans l’apprentissage des chants, des légendes, des pas de danse et des cérémonies religieuses. Cette période d’apprentissage était ponctuée de passages dans les villages, permettant aux novices de démontrer leurs compétences. La maîtresse de la danse évaluait alors les talents et le niveau de formation des apprentis, et l’initiation se terminait par un concours public. L’Ozila a été introduite en pays Bulu par une dame nommée AYON NTEM, originaire du Gabon, comme le révèle Madame Etitane Myriam, 84 ans, épouse d’un Kapele (titre spécifique dans la danse, ndlr) à Ebolowa, le 15 avril 2015.

Ngambida Salomè danseuse d’Ozila Danses patrimoniales Ekang

Photo  de Ngambida Salomè, danseuse d’Ozila

De nombreux danseurs d’Ozila se sont distingués dans les régions du Dja-et-Lobo, notamment dans les zones de Sangmelima et d’Ebolowa. Parmi eux, on peut citer Azombo Pierre, Ella Luc, Ngambida Salomè, Mekom Marée, Etougou Jean, et Ntouba Jean.

Les danseuses d’Ozila entrent fréquemment en transe. J.B. Obama, dans un article publié dans « Abbia », explique que « La mimique symbolique de cette danse rituelle de la forêt, l’Ozila, est basée sur les mouvements de la chenille à travers ses métamorphoses biologiques, depuis la phase du cocon jusqu’à la phase ailée. Le mystère de la vie qui se transforme, en s’amalgamant à tous les éléments physicochimiques des arbres en forêt ».

NLOUP

Selon J.Binet dans Société de danses chez les Fang du Gabon :

Dans le ballet Nloup , les noms sont repartis suivant une hiérarchie : il y a quatre angon (ce qui étonne) et quatre engwang (la corneille) dont voici les noms : angon elang (étonne par l’orgueil), angon mbeign (étonne par le tambour), angon mebume (étonne par la confiance), angon nkwe (sens inconnu) , engwang Akoma (corneille d’Akoma), engwang bere (corneille perchée), engwang ele (corneille cigale). La présidente, outre son titre d’Akoma Mba porte le nom de Ngole (silure). Une danseuse s’intitule Ndzo Bisima (chef des soldats). Une autre est Kare-Kare : c’est elle qui apporte les fusils.

Pour plus de détail sur cette danse, lire notre article dédié Pierrette Ntsame, une initiée au Nloup, nous décrit cette danse créée par son grand-père.

MEKOM

Felisa Avomo Ndumu, la reine de la danse Mekom en Guinée Équatoriale, se confie à Savoir-Faire Ekang dans notre article dédié à la danse initiatique Mekom.

ENYENGUE

Les Essë revendiquent la paternité de cette danse qui fut populaire, dansée dans le Sud du Cameroun et qui remonta jusque dans la région du Centre du Cameroun. Selon J. Binet dans « Sociétés de danse chez les Fang du Gabon », l’Enyengue, appelée aussi Mebourë chez les Essë, est coordonnée par une maîtresse de danse nommée « Capel » ou Kapele (de l’allemand Kapelmeister).

Bien que peu pratiquée aujourd’hui, certains musiciens bikutsi des années 70-80 ont intégré les rythmes de l’Enyengue dans leurs chansons. Sa Majesté Ayissi Le Duc à Yaoundé a conservé cette danse et ses codes traditionnels.

Enyengue Danses patrimoniales Ekang

NDONG MBA

Le Ndong Mba est à la fois une danse et un rite religieux. Nicolas Mba Zué décrit trois rites d’initiation chez les Fang : le Kpwè, le Ndong Mba et le Melan, ce dernier donnant accès au culte du Byere ou Byeri. Pour plus de détails, lisez notre article dédié : ONDO ASSOUMOU EYA, un initié à la danse Ndong Mba

MINKENG MI MBON

Selon Assongmo Necdem, chez les Eton et les Menguisa, une fois les jeunes ayant réussi l’étape préparatoire du rite SO, ils se consacrent à la danse Minkeng Mi Mbon pour célébrer leur bravoure. En langue Eton ou Manguissa, les Mbon désignent les nouveaux guerriers. Ces derniers ont suivi une longue préparation en forêt. À leur retour au village, après une longue absence, ces nouveaux combattants dansent le Minkeng Mi Mbon pour démontrer leur vaillance et leur courage. Les Minkeng, instruments de musique semblables à des balafons à plusieurs sons, accompagnent les pas des danseurs.

Pour plus de détails, consultez l’article complet sur le blog Culture du Cameroun en cliquant sur le lien : [Culture du Cameroun – Minkeng Mi Mbon]

MENGANE

La danse Ngane(Megane au pluriel), est une forme de danse assise, particulièrement populaire chez les Bulu du Cameroun et les Fang du Gabon. Aujourd’hui, cette tradition perdure à Yaoundé (à travers le groupe de danse Otitié), à Malabo (à travers le groupe de danse de Feliza Avomo Ndoumou) et Libreville (à travers le groupe de danse de l’association socio-culturel Akeng) grâce à un groupe de jeunes femmes déterminées à préserver cet héritage culturel.

Selon J. Binet : Les danseuses portent une robe d’uniforme. Sur la tête, une sorte de plumeau, l’ olando , long et mince cylindre de tissu roule se terminant par des franges de tissu déchiqueté est fixé au foulard que les danseuses portent en turban. Aux biceps, des flots de rubans ou plus souvent de tissu découpé en lanières étroites (menyeng). Aux genoux, des boîtes de conserves remplies de petits cailloux remplacent les grelots traditionnels et tintent en cadence, formant avec deux tambours, l’accompagnement de la “danse”.

J. Binet rapporte l’interview suivante :

Moi, Mélanie Mfoume Meten, femme de David Essone habitant au kilomètre 10 de la route de Kango (Gabon), avant d’être guérisseuse, je dansais les Mengan. J’avais même initié des élèves : Assege de Mitzic et Nsoure, toutes deux épouses de Ngwa Ndoutoume, Mme Mitza, Nzang Awa et d’autres dont je ne me souviens plus. Ma maîtresse fut Mme Ndong Oua, du clan Essissis, qui m’avait initiée, en même temps que Thérèse Egyang, au village d’Eyameyong.

Ne dites pas, mes sœurs, que, moi, j’aime parler dans ce micro ; mais il n’est pas bien de garder des choses dans son cœur sans les faire connaître. Sauf des secrets (personnels), mais moi, je n’ai rien à cacher en cette histoire.

Malheureusement, je ne connais pas le fondateur de cette danse. Bien que je ne comprenne pas pourquoi les Blancs veulent connaître tout cela, je suis prête à leur expliquer ce qui me concerne. Chacun doit vivre pour Dieu : c’est ainsi que l’on évite les chagrins.

C’est en 1958 que j’ai cessé de danser Ongo Ngye (autre nom de Ngane) pour rentrer dans le groupe de Ngan Ngom (une autre variante de Mengan, très populaire du côté de la Guinée Equatoriale, ndlr), qui existe dans tout l’Estuaire par la maîtresse Obege Marie Flavienne.

Danse Mengane Danses patrimoniales Ekang

Dans ces danses, je porte toujours le nom d’Engur Mbang (blanche défense d’éléphant) ; ce n’est qu’après avoir découvert et commencé à pratiquer la médecine que j’ai abandonné les danses. Mon travail de guérisseuse exige tranquillité et dignité ; et surtout, je ne dois pas perdre mon sommeil, où je réalise toute ma médecine, pour passer des veilles à danser.

Alors je vous parle un peu de ce que l’on appelait Mengane Mongo Ngye. C’étaient des légendes accompagnées de chants et de danses : 

Sur la création des hommes, Nzame engendra une fille unique qui mourut avant d’avoir atteint 15 ans.

Nzame avait perçu six dotes pour sa seule fille qui était morte sans avoir épousé aucun prétendant. Aussi, Nzame pensa qu’il pourrait recréer six personnes à la place de sa fille. Dans la brousse, il découpe Ie cadavre en morceaux et puise le sang qu’il mélange dans une cuvette avec le sang de toute sorte d’animaux. Quelques jours après les funérailles de sa fille, les six garçons qui avaient payé la dot viennent se faire rembourser. Nzame alors va voir sa cuvette : les sangs mélangés s’étaient transformés en êtres vivants :

Six femmes de cette sorte de création. Il en donne une à chacun des garçons dont il avait reçu l’argent. Quelque temps après, Dieu décide de visiter ses enfants. Il va vers le Nord et arrive au premier village où il y avait une de ces filles-là, « Beau-père, ta fille, n’est pas tranquille. Elle agit comme un mouton. » Dans l’autre : « Beau-père, ta fille est pareille à une chèvre » et ainsi de suite jusqu’au village de la sixième fille. Là, Nzame fut reçu et considéré parce que sa fille agissait comme une personne convenable. Alors Nzame, dit en son cœur que celle-là avait repris le sang de sa première fille.

Cette légende nous incite à considérer que les personnes qui agissent bêtement sont celles qui ont reçu le sang d’animal à la création. (Fin de citation).

MBATWA ou MBATOUA

Originaire de la province du Woleu Ntem, au nord du Gabon, cette danse possède des racines profondes et historiques. Dans une interview accordée au journal l’UNION le 24 novembre 2015, le groupe « Les Amazones Stars de Mbolezock City » a expliqué que Mbatwa, signifiant « Ananas », était initialement une danse masculine. Cette danse se caractérisait par des mouvements principalement exécutés avec les épaules et les pieds, et se jouait avec un très gros tam-tam. Le rythme, lent et mesuré, était obtenu en frappant l’avant du tam-tam plutôt que les bords. Avec le temps, cette tradition s’est assouplie, permettant ainsi aux femmes de s’y intégrer.

Madame Bertine Abeme Obiang souligne également l’aspect mystique du Mbatwa. Elle indique que cette danse, inventée par les Essangui des villages de Mbolezock et Miyele, était pratiquée à une époque où ces villages formaient une seule communauté dans le canton Kyé. Elle précise : « Lorsque nous dansons le Mbatwa, il y a une communion directe entre nous et nos ancêtres qui nous guident dans nos chorégraphies et chansons. »

MENDZANG

Le Mendzang, ou les balafons, bien avant de devenir un instrument populaire au Cameroun, où il anime les cabarets chaque week-end ainsi que les messes, est avant tout un instrument mystique nécessitant une initiation. Traditionnellement, il était joué lors de l’initiation au Melan.

Lors d’un entretien avec un éminent soliste de Mendzang résidant à Yaoundé, celui-ci a révélé : « Pour le jouer, il faut savoir le fabriquer. L’arbre qui permet de le confectionner se trouve en forêt, mais je ne peux pas vous le montrer. De nombreux étrangers nous demandent à voir cet arbre qui produit ce son unique, mais nous ne pouvons pas le révéler. Je ne peux vous montrer que lorsque j’ai terminé de fabriquer un balafon. Il y a plusieurs accords possibles, mais mon balafon est accordé en Mi. Certains préfèrent des balafons en La ».

Selon J. Binet, le balafon traditionnel Fang existe sous deux formes : l’une fixe et l’autre mobile. L’instrument fixe se compose de lames de bois dur posées sur deux troncs de bananier. L’instrument mobile, plus complexe, est constitué de lamelles de bois portées par un cadre. Des calebasses, servant de résonateurs, sont fixées sous l’instrument, amplifiant et enrichissant ainsi le son.

Il existe trois types principaux de Mendzang :

  • Mendzang me Biang, que Génération Ekang traduit par « la musique thérapeutique »
  • Mendzang me Yekaba
  • Mendzang me Mbek
Carte postale Gabon 1960 - Mendzang Me Biang

© Ebay – Carte postale Gabon 1960 – Mendzang Me Biang

II- Les danses de célébration

OMIAS

Selon J. Binet, la danse OMIAS trouve ses origines dans la fusion des danses Ozila et Nloup. OMIAS est particulièrement présente lors des cérémonies de retrait de deuil, où des chants spécifiques lui sont dédiés. Elle s’invite également aux événements festifs et aux spectacles, apportant une touche de tradition et de célébration. Cette danse est exécutée par des femmes initiées, qui arborent des tenues traditionnelles élégamment combinées avec des vêtements contemporains, créant ainsi un pont entre le passé et le présent. Les danseuses, parées de leurs costumes, incarnent l’essence même de cette tradition vivante, rendant hommage à ses racines tout en la faisant évoluer avec le temps.

ESANI / ESANA

Selon Philippe Laburthe-Tolra dans son ouvrage « Initiations et sociétés secrètes au Cameroun, Essai sur la religion Beti », l’Esana est à la fois une ordalie et une pantomime guerrière commémorant les exploits du défunt. Cette danse est exécutée lors du décès d’un « mod dzal » (seigneur des lieux) et fondateur du village. Lorsque la communauté se rassemble autour de la cour, un espace vide est laissé pour les bekon (fantômes) venus chercher le défunt. Quatre vieillards, frères ou compagnons d’initiation du défunt, se postent à la tête du village, tenant en main la tige divinatoire d’Odzom, appelée ngékémbé en langage Esana.

Tous les jeunes, frères ou fils du défunt, soupçonnés d’avoir souhaité sa mort, se regroupent en bas du village et doivent s’avancer en dansant au son du tambour, sur le signal des vieillards. Ils les défient de les atteindre. Lorsqu’ils s’approchent, les vieillards les visent avec leurs ngékémbé. Si aucun n’est touché, des cris de joie (ayenga) retentissent, accompagnés de coups de fusil, et tous s’embrassent. Si un jeune est touché, il est enfermé dans une case jusqu’à la fin de l’enterrement, car on le soupçonne de connaître des détails sur la mort. Il sera ensuite soumis à l’examen de l’edu osoé après la danse (Cf. Zenker 1995, pp. 268-29; Tsala, p. 107).

De nos jours, l’Esana est dansée lors des retraits de deuil chez les Bëti. Cependant, ce n’est pas seulement une danse funéraire ; elle est aussi une célébration. Le terme « san » signifie sautiller, exulter. L’Esana célèbre les héros, les fondateurs de grandes familles ou dynasties, la capture de grands fauves (ebibian tsid), l’entrée d’un homme dans le monde des ancêtres, et la sortie triomphale des initiés au rite SO (Ekuli Mvon), comme le souligne « Radio Maria ».

III- Les danses de spectacle

Selon le mémoire « Les danses Patrimoniales Bulu, des origines jusqu’à 1972 » à la page 25 : Les danses de spectacles sont des simples divertissements exempts de toute connexion avec l’au-delà. Elles n’excluent aucune catégorie sociale. Cependant, elles excluent toute sacralisation.

  1. La danse BILABA: C’est une danse au cours de laquelle deux adversaires passent en vedette à tour de rôle en rivalisant d’adresse et de dons (avoirs).
  2. BIBOM ou ANYEN chez les Bulu : Essentiellement pratiquées par les femmes lors de l’accompagnement de la mariée dans le clan de son époux eliiti. Deux camps s’affrontaient : celui de la mariée contre celui du marié. A travers les chansons, les messages étaient véhiculés tantôt comme des conseils tantôt comme des moqueries.
  3. EMVALA chez les Bulu : L’initiation des jeunes filles à la danse se fait au moyen de la danse Emvala. La rythmique Emvala est le jeu le plus populaire aujourd’hui au Sud Cameroun dans les moments de divertissement des jeunes filles.
  4. MEKOÉ: créée par des jeunes filles, l’instrument utilisé est appelé ékôkoeKoe (coquilles d’escargots). Les filles assises tapaient la coquille d’escargot sur le genou et la poitrine en rythmant avec une chanson. (Lire l’article « Instrument de musique Ekang Coquille d’escargot et noix de palme »).

IV- Les danses mystiques avec masque

MINKOUK

Lire notre article dédié : La danse Minkouk ou la danse des gardiens d’esprits

EKEKEK

Le masque Ekëkëk, originaire de la province du Woleu Ntem au Gabon, est associé à une danse masquée pratiquée par les initiés. Cette danse se déroule en plein jour et diffère de la danse Minkouk, selon certains initiés.

J. Binet décrit le masque Ekëkëk comme étant un « Croque-mitaine », un heaume terrifiant, avec de grandes dents et des arcades sourcilières très prononcées, parfois formant une visière de képi. Les traits du masque sont rudes, et il est conçu à l’image d’un homme autrefois connu pour son grand nez et sa brutalité. La malice populaire en a fait un personnage de légende, un croque-mitaine.

Une chanteuse et des tambours accompagnent les évolutions de l’Ekëkëk. Celui-ci porte un grand phallus, qu’il peut parfois brandir de manière menaçante envers le public. Les chants associés à ce masque auraient été empruntés aux rites Melan et  Mevungu.

Masque Ekekek Danses patrimoniales Ekang

Masque Ekekek, du groupe ethnique Fang dans la province du Woleu-Ntem, ce masque est porté pour la danse du même nom « Ekekek ». La photo a été prise dans le village Ekonébé, près de la ville de Mitzic, dans la province du Woleu-Ntem (G9) en 1965. Cette photo apparait dans l’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition « Masques du Gabon » présenté au Musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie (FRANCE) du 8 décembre 2007 au 20 juillet 2008.

NGON NTANG

NGONTANG, également connu sous le nom de « Ngon Ntahan » (littéralement « la fille blanche »), est un masque à trois ou quatre faces, originaire du pays Fang. Ce masque est porté par un homme qui danse et dissimule son corps et ses membres.

De nos jours, les danses masquées MINKOUK, EKEKEK et NGOTANG sont en voie de disparition. Les jeunes ne sont plus initiés à ces danses dans les règles de l’art, les vieux ont décidé de les emporter dans leur tombeau. Selon eux, ces danses sont extrêmement dangereuses pour les danseurs, trop contraignantes physiquement, ont de nombreux interdits et une phase initiatique très longue. Les jeunes aujourd’hui manquent de patience. En exécutant ces danses, la mort du danseur peut vite arriver dans le cas où la danse n’est pas supervisée par des hauts initiés, car il y a de nombreux esprits et fantômes de toutes sortes, postés autour du danseur.

Une femme originaire du pays Eton au Cameroun nous a même raconté que dans les années 70-80, les Minkouk qui venaient danser en pays Eton avaient provoqué de nombreux dégâts sur place avec leurs masques extrêmement puissants, au point où les villages ne voulaient plus les accueillir. Elle n’a pas voulu nous donner davantage d’informations et a ajouté que c’est une danse tout aussi risquée pour les spectateurs.

V- Les danses populaires

Les danses populaires sont des formes d’expression accessibles à tous, sans exception. Le public y participe. Elles sont des créations contemporaines, découlant des danses ancestrales, mais ne nécessitent ni initiation ni connaissance des mystères. Ces danses et rythmes se distinguent par leur capacité à intégrer des influences et des instruments d’autres cultures, créant ainsi des fusions innovantes. Très prisées par la jeunesse, elles génèrent également des revenus significatifs pour les groupes de musiciens et danseurs, fréquemment sollicités pour des clips vidéo et diverses prestations scéniques.

BIKUTSI

Le Bikutsi littéralement « Bi kut si » (Bi = Nous, Kut = frapper ou taper et Si=terre ou sol) « nous frappons le sol à l’aide de nos pieds » est une danse dite « moderne », une danse populaire des Bëti du Cameroun, désormais reconnue mondialement grâce aux grandes figures de la musique africaine. Aujourd’hui, même des artistes d’Afrique de l’Ouest exploitent ce rythme fascinant. Mais comment est-il né ? À l’origine, il s’agissait d’un rythme créé par les femmes, dansé assises en cercle, semblable à la danse MENGANE, et accompagné par les Mendzang (balafons).

Dans les années 70, des pionniers comme Messi Martin ont eu l’audacieuse idée de reproduire le son du balafon avec une guitare, aujourd’hui connue sous le nom de « guitare-balafon« . Pour étouffer le son, ils utilisaient une éponge, un ajout qui a contribué à la popularité mondiale du Bikutsi où les sons des balafons ont été transposés sur des guitares. Messi Martin et le groupe les Têtes Brulées (les Beatles d’Afrique) ont fait connaître ce rythme sur les scènes internationales, Messi Martin ayant fait le Bataclan, les Têtes Brulées, le tour des continents.

Lorsque les anciens bikutsi de type Messi Martin sont joués aux Africains Américains, ils perçoivent une forte influence de la salsa. Cette observation est confirmée par les grands guitaristes Bëti, qui reconnaissent que l’évolution du Bikutsi a été influencée par la Rumba et la Salsa, arrivées en Afrique via les marins et leurs disques.

Messi Martin Danses patrimoniales Ekang

Photo de Messi Martin

Le Bikutsi a connu de nombreuses évolutions et générations. À la fin des années 80, une seconde génération d’artistes, comme Nkodo Sitony et Mbida Doublas, ont intégré le clavier (synthétiseur), ce qui au début déplaisait aux anciens. Cette innovation a séduit le public et propulsé le Bikutsi à de nouveaux sommets. Aujourd’hui, cette musique a beaucoup évolué, avec l’ajout de nombreux instruments et une structure remaniée. Bien que les puristes puissent déplorer la prédominance actuelle des percussions et de la batterie, le Bikutsi reste l’un des rythmes les plus populaires du Cameroun et de l’Afrique, s’étendant aujourd’hui jusqu’à Madagascar.

Le secret du Bikutsi réside dans ses guitares, qui en sont la véritable essence. Ce sont elles qui confèrent à cette musique sa signature unique et intemporelle, capturant l’essence vibrante et évolutive de la culture africaine.

ASSIKO

La danse Assiko aurait vu le jour dans les années 1950 grâce à l’influence d’une guitare espagnole, selon Jean Bikoko Aladin, le Pape de l’Assiko au Cameroun. Cependant, selon J. BINET, l’Assiko serait originaire de Guinée Équatoriale, créée par un Fang du Nord-Gabon ou du Sud du Cameroun. L’ Assiko d’origine se jouait avec trois instruments : le botreman (bottleman « l’homme à la bouteille » qui utilisait une bouteille), une tôle frottée et une guitare.

Assiko en langue Basaa veut dire « pied ancré au sol », « Assi » vient de « isi » qui veut dire la terre/le sol et « Ko » veut dire « pied ».

Aujourd’hui, l’Assiko est préservé par les Basaa du Cameroun, qui ont produit de nombreux maestros de cette musique. Les Eton du Cameroun gardent également ce rythme vivant, bien qu’il soit moins répandu parmi eux. Au Gabon et en Guinée Équatoriale, plusieurs artistes contemporains continuent de jouer de l’Assiko, dont Alexis Abessolo, une figure notable. Ce rythme soutient en fond et rythmique les musiques contemporaines Fang du Gabon et de la Guinée Équatoriale, il suffit d’y prêter l’oreille.

Jean Bikoko Aladin

AKWA : est danse spectacle qui fut inventée en 1953 par un infirmier Fang à Libreville (source J. BINET).

 

EKO-DE-GAULLE ou GAULLE : danse inventée par les Fang du Gabon. Il s’agit d’une danse de type bal, inventée au temps de la visite du Général De Gaulle au Gabon, d’où le nom « De Gaulle ». Cette danse continue d’être très populaire au Gabon aujourd’hui. On peut citer des artistes comme Arnaud Eyagha qui en est un ambassadeur de ce rythme.

 

COMITÉ : danse inventée par les Fang du Gabon dans les années 50.  Il s’agit d’une danse à caractère politique d’où le nom « Comité ». Elle permettait d’accueillir les comités constitués des membres de l’administration.

 

ELONE

Il est indéniable que l’elone est la danse la plus populaire au Gabon, tout comme le Bikutsi l’est au Cameroun. La jeunesse du Nord du Gabon apprécie énormément cette danse, qui a des pratiquants jusque dans la vallée du Ntem au Cameroun où elle est également appréciée. Elle anime les veillées et les manifestations de toute sorte. Les pratiquants aiment la danser la nuit et le public y participe.

Conclusion sur les danses patrimoniales Ekang

Les danses traditionnelles des Ekang, jadis des piliers de leur culture, sont aujourd’hui menacées de disparition car elles sont supplantées par des formes plus contemporaines et lucratives. Les danses initiatiques et rituelles, telles que l’Ozila, le Nloup, le Mekom, l’Enyengue, le Ndong Mba, ou le Minkeng Mi Mbon, qui nécessitent une rigoureuse initiation et un profond respect des interdits, sont désormais rarement pratiquées. Ces danses, porteuses d’un riche patrimoine spirituel et culturel, ne trouvent plus d’adeptes parmi les jeunes générations, attirées par les gains rapides et la célébrité que procurent les danses populaires comme le Bikutsi ou l’Elone.

L’évolution vers des danses de spectacle et populaires, est symptomatique d’un changement profond dans les valeurs et les priorités culturelles. Les jeunes privilégient les activités générant des revenus et une reconnaissance immédiate, délaissant ainsi les traditions ancestrales et leurs significations profondes. Cette dynamique est renforcée par la modernisation et la mondialisation, qui favorisent l’intégration de nouveaux rythmes et influences, au détriment de la préservation des rites et rythmes ancestraux.

Cette transition culturelle pose un défi crucial : comment préserver cet héritage ancestral face à l’attraction des danses populaires contemporaines ? La disparition progressive des danses initiatiques n’est pas seulement une perte artistique, mais aussi une érosion de l’identité et de la mémoire collective des Ekang. Les efforts pour conserver ces trésors culturels nécessitent une sensibilisation accrue, des initiatives communautaires et un engagement actif pour transmettre ces traditions aux futures générations, avant qu’elles ne s’évanouissent complètement dans l’oubli.

Notes de références sur les danses patrimoniales Ekang

  • J BINET dans « Sociétés de danse chez les Fan du Gabon »
  • Philippe Laburthe-Tolra « Initiations et sociétés secrètes au Cameroun, Essai sur la religion Beti »
  • Les danses patrimoniales Bulu, Mémoire de DIPESS II de Madame MENGUE ME NLOM Valérie Nathy sous la supervision de Dr Lucie ZOUYA MIMBANG 
  • Masque Ekekek : https://www.mon-gabon.com/cultures_divers/masques_du_gabon.html

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