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ENCYCLOPEDIE DES SAVOIR-FAIRE EKANG - ENSAFE

Aux origines de la danse Fang, entre profane et sacré

Aux Origines des danses Fang

Une légende raconte que venant du nord-est, les fils de Dieu blanc et Fang se séparèrent auprès de l’eau salée. Tandis que les uns remontèrent vers le nord, les Fang (Ekang) quant à eux descendirent vers le sud-ouest par la côte.  Longtemps nomades, il n’a pas été facile pour les Fang de passer de la savane à la forêt équatoriale. La culture et la tradition Fang se sont construites au fil et au gré des rencontres et événements marquants tout au long de leur longue migration. Ces événements vus aujourd’hui comme des mythes et légendes racontés dans l’épopée du Mvet.

Les danses Fang, un art ancestral transmis et révélé

Bien que selon Paulin Nguema-Obam dans son ouvrage « Les tambours et la tradition » nous apprend que les danses trouvent essentiellement leurs fondements dans ses mythes et légendes, en écoutant les danseurs nous constatons que les danses ont souvent pour origine, un songe, une apparition d’un défunt qui leur révèle la danse et dicte la conduite à tenir pour l’exécuter. Le caractère ancestral des danses introduit, une atmosphère particulière dictée par les valeurs qu’ils incarnent : respect des coutumes et des anciens. On apprend par exemple que les usages relatifs à une danse sont transmis à l’individu ou à un groupe au cours d’une cérémonie rituelle. Le caractère de ce rite diffère selon qu’on a affaire à une danse d’hommes ou de femmes, selon qu’il s’agit d’une danse rituelle ou d’une danse récréative. 

Aux Origines des danses Fang

Dans tous les cas, le rite de transmission de la danse consiste à consommer un mets rituel pour acquérir quelque chose, un pouvoir, pour agir efficacement et pour posséder le secret de l’art.

Les danses Fang se dessinent en fonction du monde supranaturel

Chez les Ekang, les danses sont nombreuses et il s’en crée continuellement selon les époques et les contextes. En fonction de ce monde supranaturel, des catégories se dessinent. Nous pouvons en dénombrer une vingtaine, classées en quatre catégories : danses rituelles avec un caractère sacré, danses religieuses, danses profanes et danses de divertissement. Certaines danses sont absolument profanes ; d’autres, bien que fonctionnant dans des périodes marquées par la forte présence des rites religieux, semblent simplement réservées au divertissement bien que l’on puisse y déceler une intrusion du sacré. Certaines, enfin, sont positivement religieuses.

Les danses profanes

La plupart des danses dites profanes n’ont pas un caractère particulièrement religieux et le surnaturel n’y joue en général aucun rôle, en apparence bien que chez les Ekang, profane et sacré soient inextricablement mêlés. Ce sont des danses de ballet, organisé en spectacle : les danses Bia, Nloup, Ozila et Onlass apparentées les unes des autres. Les tenues des danseuses semblent venues du fond des âges. Une touffe de plumes sur la tête, une jupe de fibres de raphia, des peaux attachées à la ceinture. Ces danses sont généralement de sortie à l’occasion des célébrations de mariage, de naissance ou autres événements festifs et les retraits de deuil. 

Dans le cadre de la danse Mendzang dont le balafon instrument mobile composé de lamelles de bois portées par un cadre, des calebasses servant de résonateurs fixées au-dessus est l’instrument principal, les danseuses sont vêtues d’une robe sur laquelle elles portent une tournure de raphia et des foulards en guise de pagne. La société de danse Ngan (Mengane) qui signifie « proverbe ou devinette » est une danse assise. En rond autour d’une maîtresse de cœur, des femmes revêtues d’un bouquet de plumes sur la tête, un îlot de raphia aux biceps, peaux de bête nouées à la taille et grelots aux genoux, reprennent un refrain, secouent toutes ensemble, tête, épaule, bras et genoux.

Aux Origines des danses Fang

Danses Gaule et Elone, des identités culturelles Fang

Certaines danses sont totalement profanes, alors que d’autres, bien que fonctionnant dans des temps rituels, ne présentent dans leur musique et dans leurs danses que de simples divertissements. Par conséquent, les danses dénuées de caractère sacré se révèlent assez rares. Elles marquent les fêtes officielles et les visites d’hôtes importants. C’est le cas des danses Gaule et Elone qui bien que classées dans la catégorie de danse de divertissement sont aujourd’hui le symbole de la culture et de l’identité Fang au Gabon.

‘’Le sacré’’ et ‘’ le magique’’

Par ailleurs, un certain nombre de danses éclairent le « sacré » et le « magique ». Le « sacré » cristallise des relations de piété tandis que le « magique » fait appel à la confiance dans l’efficacité d’une technique. Au cours d’une danse sacrée, le ritualiste s’adresse aux dieux et aux esprits. Il s’agit des danses rituelles ou danses de masque, plus sérieuses et plus rattachées aux rites initiatiques : Ngil, Ngotang ,Ekekek, Minkuk, Mekoum, Odjeul qui requièrent une initiation spéciale pour y toucher et le danseur ne peut porter le masque que s’il est mis en condition ; abstention sexuelle, respect d’interdits alimentaires. Lorsqu’il est revêtu du masque, le danseur est possédé par l’esprit qui danse à sa place. Ces sociétés secrètes peuvent être appelées pour participer à des cérémonies de levée de deuil. Ces danses ont pour but de faire venir l’esprit du mort qui repose toujours au tombeau (ou au cadavre), puis de l’expulser. La danse organisée dans la cour du mourant, a pour but de mettre l’esprit du défunt à l’abri de toute influence sacrificielle, séduction, captation et fixation de l’esprit du mort qui sont faites pendant la nuit. Autrefois, ces danses donnaient à la communauté Ekang des cadres indispensables en assurant la formation de la jeunesse, et en contrôlant la justice.

Religion et danse initiatique

En face de ces danses profanes, rituelles et de divertissements, d’autres sont véritablement et consciemment religieuses. Certaines forment la partie essentielle d’un culte. D’ailleurs, dans le langage courant Fang on dit “danser le Melan , le Mevung » ou encore récemment  « danser le Mibiri »  (syncrétisme entre le Bwiti du peuple Pygmée, le Melan et le catholicisme)  pour indiquer leur participation à ces cultes. Ce qui montre la liaison intime qu’ils font entre le culte et la danse qui en est un aspect. L’aspect chorégraphique est donc fort important, mais il n’a pas une existence autonome, il est soutenu par tout un corps de croyances. La doctrine ici est l’élément déterminant. Le groupe est également conçu en fonction des critères religieux : c’est selon les relations qu’ils ont reçues de la divinité que des fidèles sont amenés à jouer tel ou tel rôle. Il ne s’agit plus ici de spectacle ou de divertissement, mais de cérémonies auxquelles le public, sans être mal reçu, n’est pas, particulièrement convié.

L’innovation comme savoir-faire et savoir-être

En Homme intelligent en perpétuel quête d’innovation et de perfection, le Fang a toujours su prendre ce qui a de meilleur chez l’autre pour perfectionner son savoir-faire et s’adapter à son environnement. Ceci explique pourquoi dans la plupart des danses Ekang (Fang), on peut déceler la notion d’invention. L’invention peut venir de l’interprétation de certains mots, de la modification inexpliquée ou évolutive d’un instrument de musique ou d’un rêve. C’est ce qui explique l’allure de liberté des danseurs et des danseuses, également celle des chanteuses et musiciens. Les chanteurs modifient leurs textes, y ajoutent des couplets. De nouveaux rythmes interviennent sur les tambours. Les pas des danseurs sont loin d’être stéréotypés. Il s’agit ici d’un sens du sacré adaptable aux exigences du quotidien, relevant du savoir-faire et du savoir-être Ekang.

Sveltana Adah Mendome

Sveltana Adah Mendome, Rédactrice Savoir-Faire Ekang, Libreville, Gabon

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