Serge Abesssolo

Serge Abessolo, acteur gabonais : « Partout où se trouvent les Ekang, leur savoir-faire se propage »

Lorsqu’on jette un regard panoramique dans l’histoire du cinéma gabonais, le nom de Serge Abessolo ressort à n’en point douter parmi les figures les plus marquantes. Fort de plus de 20 années de carrière ponctuée de distinctions à la pelle (Deux Sotigui Awards de la meilleure interprétation masculine africaine et du prix du public africain en 2020, Officier de l’Ordre national du Mérite gabonais, Chevalier de l’Etoile équatoriale etc.), l’acteur de 52 ans a été nommé Directeur général de l’Institut gabonais de l’Image et du Son (IGIS) qu’il dirige de main de maître depuis 2021. Pour autant, celui qui a incarné le rôle principal du film à succès « Le mec idéal » ne s’est pas totalement effacé des écrans. On le retrouve dans la peau du juge de la nouvelle série « Eki, la famille c’est secret », diffusée depuis cette année.

Artiste pluriel, homme de culture et personnalité inspirante du grand groupe Ekang qui a su allier vie artistique et carrière administre bien remplie, Serge Abessolo est originaire à la fois de la province de l’Ogoué Ivindo et du Woleu Ntem, deux fiefs Fang au Gabon. Le natif de Mouila a accordé une interview à la plateforme culturelle Savoir-Faire Ekang. Il y revient sur le déclic de sa riche carrière, son enfance très traditionnelle auprès de son arrière-grand-mère et ses nouvelles fonctions de haut responsable entre autres.

Mbolo Monsieur Serge Abessolo et merci d’avoir accepté de répondre aux questions de la plateforme Savoir-Faire Ekang.

Ambolani! Je vous en prie, c’est moi qui remercie votre plateforme de s’intéresser à mon parcours.

 

Vous êtes acteur, humoriste, producteur, expert en protocole, maître de cérémonie et aujourd’hui Directeur général de l’IGIS. Comment un seul homme parvient-il à avoir autant de casquettes et les gérer ?Acteur, humoriste, producteur, maître de cérémonie, mais je ne dirais pas « expert en protocole » ce serait un peu présomptueux de ma part même s’il est vrai que j’ai été chef de service du protocole pendant deux ans, puis Directeur du cérémonial à la Direction générale du protocole d’Etat et aujourd’hui Directeur général de l’IGIS (Institut Gabonais de l’Image et du Son). Ces fonctions que j’ai exercées avec passion et dévouement m’ont toutes beaucoup apporté. Chacune d’elles étaient inscrites dans un plan de carrière bien défini. Il s’agit en réalité de gérer son temps et de garder les objectifs que l’on s’est fixé.

Serge Abessolo

Vous avez été nommé depuis une année DG à l’IGIS, est-ce facile de manager les Hommes lorsqu’on traîne une longue réputation de star ?

Non, la « Star » c’est un bien grand mot. Mais si vous vous voulez utiliser ce terme, je dirais que dans ce contexte précis, on fait davantage référence à l’administratif plutôt qu’à l’acteur. Il est vrai que plusieurs ont tendance à ne pas dissocier ces deux casquettes, mais une fois que les agents ont fait le distinguo dans leur cœur, une vraie relation peut s’installer basée sur le travail, le respect mutuel et la confiance.

 

Votre carrière cinématographique est aussi longue que le bras avec des apparitions dans pas moins de 10 films et séries télévisées célèbres, racontez-nous le déclic de ce succès

Tout est parti de mes spectacles. J’ai eu la chance d’avoir été repéré par des réalisateurs qui ont fait appel à mes talents de comédien et d’imitateur pour incarner certains personnages. La suite, on la connaît tous.

Le choix de votre carrière artistique a-t-il été difficile à faire accepter à vos parents ?

Non car ils ont tous été mis sur le fait accompli, mais je pense aussi qu’ils n’ont pas été surpris de ce qu’ils voient aujourd’hui. D’ailleurs petit déjà, j’étais le boutentrain de la maison, ils connaissaient mes petits talents car c’était presque mon quotidien de me glisser dans la peau d’un personnage, cela les agaçait parfois ou les faisait sourire, cela dépendait du contexte.

En plus d’être un artiste pluridimensionnel, Serge Abessolo est aussi diplômé de l’Ecole de préparation aux carrières administratives de Libreville. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette autre vie professionnelle ?

Tout à fait, à un moment donné j’avais voulu travailler à l’étranger de manière à m’appuyer sur l’administratif pour développer l’artistique. Je passe donc ce concours en 2005 pour la filière « intégration régionale » avec une Direction générale au ministère des Affaires étrangères. Sauf qu’à la sortie de ma promotion, « l’intégration régionale » est mis sous la tutelle du Ministère des PME  d’où mon intégration dans cette entité et pas aux Affaires étrangères. J’avoue que le protocole est très fastidieux, méticuleux, mais également très fascinant. J’ai pris beaucoup de plaisir à évoluer dans cet univers et surtout à exercer ce rôle. C’est dans l’exercice de mes fonctions dans ce domaine que j’ai quasiment rencontré les « grands de ce monde » et que j’ai appréhendé les différentes sphères du métier et les spécificités de certains systèmes.

Avant de concrètement lancer votre carrière dans le cinéma, on a découvert que vous avez aussi officié comme photoreporter et animateur

 

Oui, j’ai été photographe reporter pendant quatre ans environ. Wen Nang Nguema avait trouvé en moi à l’époque un oeil photographique aiguisé. Ce qui le poussa à me donner un matériel de dernière génération en 1994 et m’engagea à temps plein dans son journal « Gabon Libre » puis je fus pigiste dans d’autres journaux du pays et à l’étranger. En1983 je suis pigiste à la RTG et je co-présente avec Alain Oyoué l’émission « l’univers des petits » tous les dimanches, puis je rejoins « radio soleil » à la demande de Francis Edou Eyéne. Quelques années plus tard, je rejoins « Radio Fréquence 3 » avec pour formateur « Le Doux » (N’dong Fulbert) et Grégory Ngbwa Mintsa, puis je suis recruté à la « RTG Chaine 2 » par Jean claude Boulanga où j’y évolue de 1994 à 1998. « Africa Numéro 1 » sera ma destination finale à la radio avec une émission en duo avec Alain St pierre.

 

Vous avez remporté de nombreuses distinctions, côtoyé les plus hautes personnalités de votre pays, pensez-vous avoir déjà tout accompli ou vous courez encore vers d’autres exploits ?

Le monde, les exigences professionnelles et les systèmes évoluent ! Je ne prétends pas avoir tout accompli, car il y a encore beaucoup de choses à apprendre selon le ou les domaines qui nous intéressent. Je continue ainsi à me challenger car, Comme on dit chez nous un arbre qui cesse de grandir ou de se régénérer, finit par mourir.

 

Quelle a été la place de votre culture et de vos origines dans votre parcours artistique ?

 Je suis un Fang pur, mon père Mbié Kemebune de la tribu Essansia du village Ayol Mebang dans L’Ogoué Ivindo et ma mère Biyé de la tribu Essandone dans le Woleu Ntem. J’ai longtemps été élevé par mon arrière grand-mère Angue Helene puis, par ma grand-mère Angué Beyeme Alice et mon grand-père Eyogo Beyeme puisque  ma mère était partie en 1972 aux États-Unis. J’ai connu une éducation villageoise, forte et riche, fondée sur le respect des aîné.e.s, la famille, le bon sens qui fait de nous un homme et pas forcément les diplômes obtenus (ossimane mvegne e wo ne mone mot), l’équité, la valeur affective (loin du prix que peut coûter un objet). Je suis un fang fière de ses racines, mais aussi un humain ouvert aux autres cultures et au monde qui l’entoure. Car nous avons besoin tous des uns et des autres pour bâtir nos nations et y vivre ensemble.

Après avoir autant été proche des hommes d’Etat grâce à votre expérience dans le protocole, est-ce que vous ambitionnez embrasser une carrière politique, aspirer à de hautes fonctions comme celle de président de la République ?

Chaque être concoure à la vie politique de son pays, chacun à son niveau bien entendu. Pour l’instant, je me sens super bien dans ce que je fais. Pour la suite, on va dire chaque chose en son temps, l’avenir ne m’appartient pas, ai-je l’habitude  de dire.

 

Votre nom Abessolo qu’on retrouve au Gabon comme au Cameroun est la preuve  que les Ekang sont un seul et même peuple reparti dans divers pays, comment appréciez-vous notre initiative de rassemblement ?

 Exactement. Abessolo est un nom propre aux Ekang, on le retrouve aussi bien au Gabon, qu’au Cameroun et en Guinée Équatoriale. Et partout où vivent les Ekang, leur Savoir-Faire se propage. C’est une très bonne initiative de rassembler ce qui semble épars, je suis pour qu’un jour ce peuple heureux se retrouve. Ceci dit, il n’y a aucun problème à ce que certains soient installés dans plusieurs pays bien au contraire, c’est une force. Être présent dans divers endroits c’est quelque part, laisser à chaque fois une marque de nous dans plusieurs territoires.

 

Cédric Mimfoumou Zambo,

Rédacteur en chef Savoir-Faire Ekang

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