Pierrette Ntsame, la princesse Ekang du Gabon conquit le public de Yaoundé

La princesse Ekang du Gabon conquit le public de Yaoundé

Invitée au Cameroun pour une mini tournée baptisée « Caravane de la reconnexion Ekang », Pierrette Ntsame, super star de la musique traditionnelle gabonaise n’a eu besoin que de deux spectacles à la Case des arts d’Essos et à la Planète Ponce d’Odza pour s’emparer des cœurs des mélomanes de la capitale camerounaise.

La musique traditionnelle de la zone équatoriale d’Afrique centrale a vécu de belles heures sous les cieux de la ville de Yaoundé le 27 Mars 2021. 06 musiciens, 04 percussionnistes, 03 chœurs, 03 danseuses et quatre artistes triés sur le volet, ont embarqué avec Pierrette Ntsame et Michel Mbarga dans la Caravane de la reconnexion Ekang. Premier arrêt, la Case des arts du quartier Essos à Yaoundé. Dans cet espace élitiste, bien connu des férus de la musique d’orchestre, la gabonaise est attendue en Guest star dans la soirée du samedi 27 mars 2021. Mais avant son entrée sur la scène, des chanteurs de style peu ou prou identique à l’instar d’Akoa Manga, Franza, Djoine Feliz, Consty Mendo et l’aîné de tous Michel Mbarga, ont donné le ton d’un show explosif. Celui que l’on présente dans le landerneau musical camerounais comme un des guitaristes les plus talentueux, a achevé cette première phase du concert par « Salut mon voisin », son tube planétaire qui aura eu le mérite de réveiller un public qui s’était montré jusque là timoré.

20H05 minutes. Pierrette Ntsame monte sur le podium. Des salves d’applaudissements l’accompagnent. La native de la province du Woleu Ntem au Nord du Gabon en impose par sa beauté et sa tenue originale conçue à base de raphia et tapissée d’ornements tantôt en bois, tantôt en plumes d’oiseaux et autres motifs qui illustrent à souhait, la richesse culturelle des peuples de la forêt. Pendant une heure, l’artiste balade le public au cœur de son répertoire musical fait de variétés musicales folkloriques et de textes engagés.

Des messages poignants

La fondatrice du célèbre groupe de danse Akeng Mane (le sommet de l’art) lance les hostilités avec le titre « Eseki na makowong », une musique qui selon ses confidences, brise le tabou des crimes politiques, des injustices sociales, de la mal gouvernance et de la corruption. Des fléaux qui ont pignon sur rue dans sa sous-région et dans le continent tout entier. Fort de l’adhésion du public au terme de cette entrée en matière réussie, Pierrette Ntsame servait en deuxième lieu « Be ngone be ye mbu », une musique tout aussi engagée. « Cette chanson dont le titre signifie littéralement les filles d’aujourd’hui, part d’un constat selon lequel, les filles dites androïdes, ne savent plus s’habiller dignement, faire la cuisine et s’occuper de leurs maris », déplore celle qui se présente également comme une fervente défenseure de la culture Ekang.

Le titre « Nnom wom », exécuté en troisième position, transformait définitivement la salle de la Case des Arts en une bulle effervescente où pas de danses les plus ingénieux se mêlaient au brouhaha d’un public émerveillé par le show à lui proposer. Quand Pierrette Ntsame rejoignait sa loge privée pour une intermède bien méritée, ses danseuses continuaient de se trémousser le corps pour tenir en haleine des spectateurs en ébullition.

De retour sur la scène, l’artiste gabonaise avait troqué sa tenue traditionnelle pour revêtir une robe en tissu wax, spécialement cousue pour la circonstance. Histoire de terminer en beauté, elle interprétait « Ma ding ma wog », une reprise de la chanson du défunt équato-guinéen Maele. Les spectateurs ne manquaient pas de chanter tous en chœur, ce tube des années 80 qu’elle affirme avoir sélectionné à dessein pour faire souffler un vent d’unité. « Cette musique est pour moi, le symbole même de la reconnexion Ekang. C’est une croisade culturelle entre 03 pays (Gabon, Cameroun et Guinée Equatoriale Ndlr) qui en réalité ne font qu’un. »

Cap sur Planète Ponce 

Le premier spectacle achevé, la Caravane de la reconnexion Ekang a pris la direction de la Planète Ponce, un cabaret populaire situé à Odza, quartier sud de la ville de Yaoundé. Sous la houlette de Michel Mbarga, l’orchestre s’empare du podium à 00h30 dans la nuit du 27 au 28 mars. Comme quelques heures plus tôt, l’aîné se contente de s’offrir en apéritif et cède la scène à Pierrette Nstame au bout de 5 petites minutes. Si l’accueil réservé à la princesse gabonaise par un public 3 fois plus nombreux que celui de la Case des Arts n’a pas été des plus triomphaux, la suite le sera beaucoup plus. L’ambiance monte d’un cran au fil des chansons. Les spectateurs sortent de leurs coquilles et se laissent aller aux applaudissements et youyous d’encouragements. Les plus timides dodelinent simplement de la tête et les moins réservés sortent l’arsenal de pas de danses soigneusement gardées pour les soirées de cette envergure.

« Je ne savais pas que les Gabonais chantaient aussi bien »

A deux lieux plus hauts, Lady Ponce, propriétaire de l’espace, s’agite sur son carré VIP. La célèbre artiste camerounaise de bikutsi n’est pas indifférente au spectacle. Une poignée de secondes plus tard, elle se lève en compagnie de sa sécurité privée et de quelques danseurs pour venir saluer Pierrette Ntsame sur le podium, danser sur ses belles mélodies et au passage, lui glisser plusieurs billets de banque en signe de reconnaissance pour la qualité du show proposé. Michel Toua, danseur de Lady Ponce ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Pierrette. « Je ne savais pas que les Gabonais chantaient aussi bien. C’est la première que j’en vois un sur scène et c’est grandiose. »

Alors que la Caravane de la reconnexion Ekang était attendue au Central Park de Yaoundé le 03 avril pour l’apothéose de cette série de concerts, l’évènement a été annulé par les autorités compétentes en raison d’une résurgence de la pandémie de la Covid 19. Cependant, Pierrette Ntsame de retour au Gabon depuis le Lundi 5 Avril, garde un souvenir mémorable de son séjour en terre camerounaise. « Je suis allée à l’école au Cameroun, j’ai beaucoup appris. L’histoire retiendra que c’est là-bas que j’ai fait du live pour la première fois dans ma carrière. »

Par Cédric Mimfoumou Zambo