Leslie Duranton Métogo, styliste franco-gabonaise : « Mes créations me permettent d’exprimer la Fang que je suis »

Véritable croisade culturelle entre l’Afrique et l’Europe autour de la mode, Méles se positionne de plus en plus comme une marque de vêtements et une maison de couture de référence sur le territoire français. A l’origine de ce projet, une maman qui a inoculé la passion du stylisme à ses deux filles pour faire de sa marque aujourd’hui, un patrimoine familial qui conquiert le monde à une vitesse exponentielle. Leslie Duranton Métogo 30 ans, est co-fondatrice de l’entreprise. Après avoir longuement appris auprès de sa génitrice, cette diplômée en photographie de mode et en création des vêtements, a participé activement à donner une nouvelle envergure à Méles. Dans un entretien à bâtons rompus qu’elle a accordé à Savoir-Faire Ekang, la jeune franco-gabonaise s’est confiée au sujet des secrets derrière la réussite de Méles, l’influence des origines Fang dans les créations artistiques et les ambitions futures de cette marque sans cette croissance ente autres.

Parlez-nous du projet Méles ?

A l’origine, il y a le rêve de ma mère qui nous a transmis sa passion pour la mode. Après ses études de marketing et de mode à Sup de Mode Lyon, elle se lance dans l’entrepreneuriat en 2002 au Ghana en créant Melés ; sa propre marque de vêtements et accessoires. Le nom de l’entreprise est inspiré des premières syllabes des prénoms de ses deux filles Melissa et Leslie. Ses créations sont un savant mélange entre sa culture africaine et européenne, entre le wax et les tissus occidentaux. Après son aventure ghanéenne, ma mère Constantine Duranton revient en France et installe sa structure à Lyon, précisément au 53 cours Franklin Roosevelt en avril 2016. Alors qu’elle ne vendait que sur internet par le biais d’un e-shop, l’entreprise a, à partir de cette période, un local permettant le contact humain cher à la promotrice. C’est également à ce moment que ma sœur et moi intégrons pleinement le projet en y apportant nos compétences variées et non moins complémentaires pour développer la marque notamment sur le plan marketing. En effet, mes connaissances en photographie de mode et en création de vêtements, associées à la maîtrise des réseaux sociaux de ma sœur qui possède une communauté de plus de 100 000 abonnés sur Instagram, nous ont aidées dans ce sens. Travailler en famille est une expérience unique et enrichissante.

 

Quel niveau d’attachement avez-vous avec le Gabon, le pays d’origine de votre mère ?

Mon niveau d’attachement avec le Gabon est élevé. Je suis allée au Gabon pour la première fois, j’avais 1 ou 2 ans. Depuis, j’y vais au moins une fois par an. Ce pays a toujours eu une place importante dans ma vie de part le fait que je suis métisse. Dès mon enfance, j’ai toujours aimé revendiquer mon côté gabonais et j’en suis fier. Malgré le fait que je n’ai jamais vécu au Gabon, ma famille maternelle a toujours eu une bonne place dans ma vie. Lors de ma dernière visite au Gabon, ma grand-mère maternelle m’a raconté que quand j’étais enfant, à l’époque où je vivais en Guinée Conakry avec mes parents et que j’allais à l’école française, je lui avais dit que : « Quand je vais à l’école, je suis la seule gabonaise, je veux être avec mes frères gabonais ». Le Gabon est le sein de mon inspiration et de mes motivations dans tous mes projets. A tel point que, j’ai transmis mon amour pour le Gabon à ma fille aînée.

Votre culture Fang inspire-t-elle vos créations ?

Tout à fait. Je suis Fang du nord du Gabon. On nous a toujours dit que nous les Fangs, nous sommes un peuple de guerrier. Savoir cela est pour moi très motivant et me donne la force de me lancer dans des défis créatifs. Cela me permet de franchir des limites que je croyais impossibles. Je m’inspire des Fangs, de leurs voyages et de leurs origines pour créer. Je dirais que mes créations sont nées d’une réflexion philosophique et historique. Je ne cherche pas à modifier ce qui existe déjà, mais plutôt à exprimer la Fang que je suis. Le but de mes créations est aussi de raconter l’histoire de mes ancêtres. Leurs légendes et prouesses m’aident à réaliser mes coutures.

 

Le public français a-t-il bien accueilli vos œuvres ?

Mes créations ont été bien accueillies par le public français. Elles ont engendré beaucoup de curiosité. J’ai reçu de nombreux encouragements et c’est cela qui m’a donné la force de continuer. J’ai compris à ce moment que ce que je faisais plaisait. En tant que créateur ou simplement en temps qu’artiste, voir que ce qu’on fait, peut provoquer de l’engouement chez les gens est la preuve qu’on est sur le bon chemin.

Quelles philosophies véhiculez-vous en tant qu’artiste créateur ?

Le métissage. Pour moi, la mode c’est de l’art. Le vêtement est exactement ce qu’est la peinture au peintre ou la musique au musicien. Je crée une œuvre en me servant de mes émotions et de mes états d’âme. J’ai choisi le métissage parce qu’historiquement, le peuple Fang est un peuple de nomades qui a beaucoup voyagé et qui a su s’intégrer à de nouveaux environnements. C’est cet esprit de rencontres de cultures qui caractérise la collection « Méles Couture ». Pour ce qui est de « Méles prêt à porter », nous prônons la liberté des femmes. Nous habillons des femmes libres, celles qui s’aiment et s’acceptent en tant que femmes. Celles qui auront compris que quoi qu’elles fassent, leurs corps se métamorphoseront au fur et à mesure qu’elles vieilliront. Mais, qui aiment ce changement, cette diversité. C’est également du métissage que de comprendre qu’une femme en elle seule, est plusieurs femmes en même temps. Voilà, le style de femmes qui s’habillent chez Méles.

Considérez-vous Méles aujourd’hui comme une entreprise accomplie ?

 Oui et non. Oui parce qu’on est passé de la phase imaginaire à la phase concrète et physique. On a une boutique, on a un site web où on expose nos articles et les commercialisons. Nous sommes présents sur les réseaux sociaux et qui dit réseaux sociaux, dit communauté et donc, clientèle. Dans ce contexte-là, nous pouvons dire que nous sommes accomplis. Cependant, nous ne le sommes pas totalement. Car, une entreprise qui estime être totalement accomplie est vouée à l’échec. Une entreprise doit avoir conscience qu’elle doit toujours évoluer pour perdurer dans le temps. Méles se pose constamment des questions pour rester d’actualité et s’implanter durablement, tel est notre état d’esprit. Dans un avenir proche, Méles envisage de s’installer au Gabon. Cela a toujours été un rêve pour moi d’y retourner. Pour l’instant, nous étudions le terrain et espérons que ça se fera bientôt.

Quels sont les stylistes dont vous vous inspirés dans le monde et en Afrique ?

Dans mon parcours, j’ai été davantage influencée par les classiques que sont :  Christian Dior et Dolce Gabbana. Je me suis toujours servie de leurs créations et de leurs visions pour avancer dans mes objectifs. En Afrique, je suis plusieurs stylistes, mais celle que j’aime par-dessus tout c’est Loza Maléombho. Elle m’a montré que tout était possible en réussissant à habiller Beyoncé. Je me suis dit : si elle est parvenue à le faire, alors moi aussi.

Un conseil à la jeunesse africaine et gabonaise qui souhaite embrasser le métier de la mode 

Le secret est de croire en sa vision des choses, en ses rêves. Si on ne croit pas en ses rêves on n’ira nulle part. Si on ne croit pas en ses compétences, on ne produira pas grand-chose. Réussir à aller au-delà des critiques des gens qui ne vont pas croire en nous. Dès l’instant où on croit en ses projets et qu’on fait tout pour les réaliser, tout ne peut que bien se passer. Ne pas écouter les discours tels que : le monde de l’art est saturé, il n’y a pas d’avenir pour vous là-bas ; il y a de la place pour tout le monde, il suffit d’être compétent.


Ici le lien vers la boutique en ligne de Méles : https://www.shopmeles.com/e-shop


Propos recueillis par M. Cédric ZAMBO,

Rédacteur en chef SAVOIR-FAIRE EKANG

contact@savoirfairekang.com