Guillaume Oyônô Mbia, le dramaturge Camerounais

Dans une Afrique qui se relève douloureusement de plusieurs siècles de colonisation, et qui cherche à tâtons ses marques dans les dédales de l’inculturation, tout en résistant à la dérive de l’acculturation ,  la littérature de Guillaume Oyônô Mbia   résonne comme  un appel vespéral, qui incite à l’éveil des  consciences dans une symphonie des styles , des rythmes , des langues et des thématiques qui se conjuguent avec ravissement , richesse et diversité à l’image de son parcours qui le conduisit de  Mvoutessi dans la région du Sud où il commença ses études en langue Bulu en 1939 à l’âge de 5 ans, au collège évangélique de Libamba  en 1958, puis en France en 1961 et enfin en Grande-Bretagne en septembre 1964.

Ces pérégrinations en occident auront marqué l’auteur, son œuvre et sa carrière tout entière de manière paradoxale. Ainsi tout en étant de culture francophone, il enseignait l’anglais à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé au Cameroun ; et bien qu’étant omniprésent et abondamment référencé sur la toile, il vit éloigné de la modernité dans son village natal Mvoutessi. Au-delà de l’ancrage géographique dans le grand sud qu’on observe et de l’appréhension quasi déterministe et atavique qui se dégage de cette vision, sa pensée et son écriture s’inscrivent dans une dynamique plurielle et hétérodoxe.

En effet sous le regard attentif de l’observateur patient, son œuvre littéraire impressionnante,  qui se décline sous des titres évocateurs  tels que  «  trois prétendants  un mari (1964), jusqu’à nouvel avis (1970), Notre fille ne se mariera pas (1971), Chroniques de Mvoutessi 1 (1971), Chroniques de Mvoutessi 2 (1971), Chroniques de Mvoutessi 3 (1972), et «le train spécial de son Excellence (1979)  le bourbier » ,  opère la rencontre  fusionnelle  entre les procédés  rhétoriques  du théâtre classique  et la richesse de la palabre africaine dans une transmutation qui aboutit à la création d’un objet littéraire nouveau  non identifié et en pleine émergence : la palabre littéraire.

S’il fallait décrire cette création du démiurge, on dirait simplement que sur le plan phénoménal, cette imagination imaginante de l’auteur, se présente comme une rhétorique de la variété, colorée par des  images, symboles, rythmes, silences et  gestes  associées à un style à la fois délibératif, judiciaire et  démonstratif qui théâtralise les rapports inégaux entre des traditions décadentes et une modernité émergente s’inscrivant sociologiquement, dans la trajectoire dialectique du normal et du pathologique avec comme réquisit téléologique, un appel nostalgique aux valeurs qui en constituent la nervure centrale.

C’est donc au sein de cet hybride littéraire que l’auteur va convoquer à la barre de la critique sociale, le continent africain dont les maitres maux sont la vénalité, la perte de l’autorité traditionnelle, la force tyrannique du patriarcat, la marchandisation de la femme et les dérives de l’administration dans une forme de parodie renouvelée dont la fraicheur et la pertinence des thèmes résistent à l’usure du temps.

La peinture pessimiste de l’africain qui s’en dégage est tout d’abord celle d’un être tiraillé entre, imitation, aliénation, contagion et conservation d’un patrimoine qui peu à peu se dissipe comme la brume matinale au lever du soleil, c’est également et surtout celle d’un être en perte de repère et en quête de valeurs, que l’auteur dans un rôle à la fois pédagogique, cathartique et sotériologique guide pas à pas vers le paradis perdu.

Cette hardiesse et cette subtilité vaut à l’auteur qui a su per angusta mais ad augusta dévoiler cette richesse discursive bantoue séculaire dans une création littéraire continue, de recevoir plusieurs prix :

  • Grand Prix des mécènesà l’édition 2014 des Grands Prix des associations littéraires.
  • Prix El Hadj Ahmadou Ahidjo en 1970 trois prétendant un mari
  • 2ème prix du concours inter-africain organisé par la défunte ORTF (actuelle RFI) en 1969 notre fille ne se mariera pas
  • Premier prix du concours théâtral africain organisé par la BBC Africain Service avec Until Further Notice.

Guillaume Oyônô Mbia en bon pédagogue, a toujours eu ce culte de la valeur comme projet littéraire et cette intention enseignante d’un modus vivendi africain déclinant, comme marque d’une autonomie de la pensée, rétive à toute forme de systématisation structurée qu’il aura transmis à plusieurs étudiants dont on citera quelques travaux, non pour le vertige de l’éloge mais plutôt pour la démonstration de la diversité.

Il s’agit de :

  • Atebong Georges: Comic elements in she stoopsto conquer and threee suitors, one husband mémoire DESS yaoundé
  • Mbunwe Samba Patrick : Guillaume Oyono Mbia cameroon satirical dramatist mémoire DESS 1972
  • Nouthe francois la critique sociale dans le théâtre de guillaume oyono mbia , mémoire DESS 1972
  • Ogolong Joseph Guillaume Oyono Mbia l’homme et l’œuvre mémoire DESS yaoundé 1973
  • Abety Alange Peter: the treatment of mariage in Oyono Mbia’s plays mémoire DESS 1975
  • Jacques Bede : introduction au théâtre de guillaume oyono mbia mémoire DESS 1973
  • Guillaume Oyono Mbia cameroon playwrigt interviewed by cosmo pieterse Abbia N°24
  • Guillaume Oyono Mbia, interviewed by lee Nicholas in conversations with african write washington voice of america 1981
  • Guillaume Oyono Mbia, trilingual playwrigt in new presss agency N°62 paris
  • Switch and collect, interview avec robert waterhouse  in the manchester guardian  fevrier 2-1968

En cela il s’inscrit pour la postérité comme un écrivain engagé, un modèle d’humilité de simplicité et de conviction, un sourcier qui aura su faire jaillir une source d’eau vive vers laquelle convergeront les générations futures en quête d’imagination et d’inspiration et qui mérite un vibrant hommage de la nation reconnaissante.

Article rédigé par Emile Bindzi

A cet article est associé le documentaire-reportage produit par SAVOIR-FAIRE EKANG appelé « A la rencontre d’une plume, Guillaume Oyônô Mbia ». L’auteur nous a quitté le 10 Avril 2021 au Cameroun.

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