Article sur le Juridique et les réseaux sociaux

 

CYBER DROIT

Lumière sur les notions d’administration et d’administrateur d’une page ou d’un groupe sur le web 2.0

Avec l’avènement du web 2.0 internet est devenu le cadre d’expression de nouvelles formes de sociabilités répondant aux besoins sociaux. Mues par la maladie, la haine, les orientations politiques, les attraits ludiques, les problèmes affectifs, les frustrations, les intérêts économiques et scientifiques, des communautés émergent, des pages sont créées, des groupes se constituent aux grés des instruments et des applications dont la fécondité n’a d’égale que la diversité. Grace à Facebook, Whatsapp, Télégram ces espaces de bavardages et clavardages constituent désormais des cadres d’expression de l’homo numericus devenu omniscient et omnipotent une fois connecté dans cet espace chaotique.

Ainsi dans cette vaste tour de Babel création et monopole des ingénieurs au départ l’anonymat, le sentiment enivrant d’égalité, de liberté et la neutralité du réseau, font peser chaque jour la menace du golem sur les usagers des autoroutes de l’information qui sont de plus en plus des chemins moins sûrs à parcourir.  Comme l’affirmait si bien lord acton Tout pouvoir tend à corrompre. Un pouvoir absolu corrompt absolument.

Or où il y’a la société il y’a le droit car le droit est une construction sociale qui reflète les changements de rationalité et de normativité à l’œuvre dans une société donnée[1] impliquant indubitablement la nécessité de formes de régulations adaptées à cet environnement.

Cependant dans cet espace le rapport entre le fait sans cesse fécond et le droit statique consacre la domination du premier sur le second ouvrant la voie à l’émergence des formes d’autorégulations censées apporter une réponse à la faillite des normativités sociales dans l’encadrement des réalités sans cessent mutantes.

L’administration des pages des blogs et des groupes 2.0 apparait donc comme une réponse technique au besoin de régulation des communautés, des pages, des groupes Facebook, Whatsapp, Télégram qui désormais interpellent les juristes avec insistance.

Au regard de la sédimentation jurisprudentielle qui s’opère peu à peu contribuant à la construction et à la cristallisation d’une nouvelle catégorie juridique qui sort peu à peu de l’état de clandestinité afin d’accéder à une reconnaissance officielle on ne peut qu’avoir une pensée pour Gérard Timsit qui affirmait que certaines notions, en droit, vivent d’une vie curieuse. Connues, elles ne sont pas reconnues. Répandues, elles n’ont pas de statut. Généralement utilisées dans le discours sur le droit, elles n’ont pourtant pas de place bien déterminée dans le discours du droit – surtout pas celui du droit positif. Et la doctrine juridique, malgré toutes ses vertus, et en dépit de son acuité, face à de telles notions, paraît parfois un peu désemparée[2].

Dans le cadre de ce numéro nous tenterons de répondre à deux questions

Primo qu’est-ce que l’administration d’une page ou d’un groupe web ?

Secundo qu’est-ce qu’un administrateur d’une page ou d’un groupe web ?

Etymologiquement le mot administration vient de administro : action de prêter son aide elle renvoie également à la gestion d’un bien, l’exécution, la direction, d’aucuns le rattache également à administratio ou encore de administrare, qui comporte comme dérivé ministro, minister, qui signifie servir, exécuter les ordres, se mettre au service de quelqu’un.

Juridiquement le concept d’administration peut avoir plusieurs sens : pour les publicistes il peut désigner soit une activité, soit une action, soit une structure. Le même mot désignant généralement à la fois les personnes administratives et leurs activités.

**Quid de l’administration d’une page web ou d’un groupe 2.0?

Sur un plan fonctionnel, l’administration d’une page web ou d’un groupe 2.0 est une fonction assumée par une personne physique ou une morale dans le cyberespace, qui tout en obéissant à  un code de conduite  sélectionne, d’élabore et  régule sa propre activité pour atteindre certains résultats d’une part  , d’autre  part c’est une activité de nature non politique, impliquant un éventail d’activités telles que la planification, la direction,  l’organisation, le contrôle, la coordination, la fidélisation  et la mise en œuvre de politiques et de programmes sur une page ou groupe .

 Dans une perspective téléologique, administrer une page web ou un groupe 2.0 c’est accomplir une série d’actes consistant en la production de services marchands ou non, allant vers la poursuite d’un but lucratif ou non et tendant vers la satisfaction de l’intérêt général des membres du groupe ou des abonnés de la page.

C’est une administration monopolistique qui agit, provoque, décide, se tait et évolue dans la dichotomie administration fonction-fin et fonction-objet.

**Qu’est-ce qu’un administrateur de page Facebook ou de groupe Whatsapp ?

La notion d’administrateur de pages ou de groupe web 2.0 ou est une notion carrefour. En effet derrière le singulier trompeur du terme administrateur, se dissimule en fait une réalité plurielle dont il importe d’explorer les contours qui ne sont pas à leur dernier stade d’évolution.

Sur le plan technique l’observation empirique de cette notion dans son effectivité sur un media comme Facebook donne à voir une multitude de rôles et d’acteurs intervenants dans le cadre de la division du travail cybernétique.

Ainsi celui que le droit qualifie d’administrateur peut être à la fois : gestionnaire administrateur, éditeur de contenu, modérateur, annonceur, analyste de données, responsable des offres d’emploi.

Taches Gestionnaire ou administrateur Éditeur de contenu  Modérateur  Annonceur Analyste de données Responsable des offres d’emploi

Source https://web.facebook.com/help/289207354498410?_rdc=1&_rdr

Ces rôles sont cependant cumulés et indifférenciés dans le cadre de Whatsapp,Télégram , Zoom.us et bien d’autres réseaux sociaux.

Sur le plan juridique l’administrateur de pages ou de groupes web 2.0 est tout d’abord un législateur instituant du haut de l’olympe un ordre éthique rendant les coordinations et les interactions entre les membres du groupe ou les abonnés des pages possibles à travers des dispositifs normatifs énonçant des principes contenus dans une charte qui peut être d’émanation individuelle ou collective.

C’est ensuite un juge qui : primo de manière illocutoire dit à la fois les paroles de sa propre loi, celles de l’état et les appliques, secundo forge de nouvelles règles au gré de la survenance de circonstances nouvelles conduisant à une réadaptation et à un réajustement de son cadre normatif et tertio dans son activité, arbitre, concilie, rapproche et sert quelquefois de médiateur. En lui s’imprime les trois figures du juge que sont Jupiter, Hermes et Hercule.

C’est enfin un manageur soumis aux contraintes législatives et judiciaires préoccupé par la planification, l’organisation, la dotation, la direction, la coordination l’évaluation, de son activité et la gestion de ses ressources en vue d’obtenir un résultat désiré à travers sa page ou son groupe.

Au-delà de l’observation empirique de la dimension fonctionnelle des prérogatives de celui qui peut être qualifié d’administrateur de page web 2.0 il se pose la question de sa définition sur un plan conceptuel.

L’administrateur de pages web et ou de groupes web 2.0 est in finé la personne physique ou morale, dans le cyberespace, qui tout en obéissant à un code de conduite sélectionne, élabore, organise, contrôle, coordonne et régule sa propre activité ou celle d’une autre personne envers laquelle elle est contractuellement liée pour atteindre certains résultats, sur une page ou groupe.

C’est un acteur majeur qui contribue à la survivance sur internet de l’utopie d’un espace de liberté où chacun peut communiquer et s’épanouir.

Cependant comme l’affirme si bien Victor Hugo tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité.

                                                            Emile Bindzi, Yaoundé, Cameroun


[1] Cartuyvels .Y, les paradigmes du droit pénal moderne en période “post moderne » : évolutions et transformations, p02

[2] Timsit .G, sur deux points aveugles de la doctrine juridique : nouvelles considérations sur le dialogisme normatif , 30-lajoie.book page 359

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